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vendredi 14 mai 2004

Etrangère... et Premier Ministre ?

Cela intéresse peu de monde de ce côté-ci du monde. Qu'est-ce que c'est ? Les élections législatives en Inde. Oui, l'Inde, ce pays qui est le deuxième pays le plus peuplé au monde (après la Chine) avec plus d'un milliard d'habitants. Ce pays qui a un poids grandissant dans le monde.

Donc les élections ont eu lieu, et Sonia Gandhi (aucun lien de parenté avec Mahatma Gandhi) a ramené le Parti du Congrès au pouvoir. Si elle devient Premier Ministre, ce qui est probable, elle ramènera aussi la dynastie Nehru-Gandhi au pouvoir. Jusque-là, rien de bien palpitant, me direz-vous. Et bien Sonia Gandhi est Italienne d'origine, et longtemps n'a pas eu la nationalité indienne. En effet, elle a épousé et suivi en Inde Rajiv Gandhi en 1968, mais n'a acquéri la nationalité indienne qu'en 1983.

Elle est donc traitée comme une étrangère par ses opposants, et ce n'est peu surprenant car le même argument serait utilisé dans beaucoup de pays. Pourtant, en Inde, ce n'est pas vécu par tous de la même façon, comme cet article le rapporte :

« Une Italienne ? Ça veut dire quoi ? » nous disait récemment une villageoise en Uttar Pradesh. « Je ne suis jamais sortie de mon village et pour moi, un Indien du Sud m'est tout aussi étranger que Sonia Gandhi ».

Je trouve que c'est d'un bon sens fantastique. Si seulement tout le monde pouvait penser ainsi...

mercredi 12 mai 2004

Toujours plus

Petit extrait de cet article du Monde, à propos de la téléphonie mobile :

Parmi les pays les plus attractifs en matière de tarif, la Suède, la Finlande et le Royaume-Uni, dont les prix se situent dans une fourchette comprise entre 13 et 18 centimes.

Des différences de politiques tarifaires qui influent logiquement sur le comportement des consommateurs européens. Là aussi la France est à la traîne, avec un taux de pénétration du téléphone portable de 69,5 %. Tandis que les pays où le téléphone portable est moins cher obtiennent de plus beaux scores : 89 % en Suède, 86 % en Finlande, 84 % au Royaume-Uni.

Il n'y a rien de choquant dans ce qui est écrit, du moins pour la plupart des gens. Moi-même, j'ai lu ceci sans réagir. En fait, c'est une des phrases suivantes qui m'a fait réagir : Y a-t-il un remède à la situation française ? Cette phrase est prise totalement hors contexte, et surtout je l'avais comprise de travers : elle fait référence au problème des tarifs qui sont excessivement chers en France, alors qu'à ma première lecture, j'avais cru comprendre que le problème était le mauvais taux de pénétration en France.

Donc, ce n'est pas cette question de la recherche du remède qui est en jeu, mais le là aussi la France est à la traîne. Ce petit bout de phrase révèle ce que nous croyons tous : plus le taux est grand, mieux c'est. Quel que soit le domaine. (Dans certains cas, on recherche un taux bas, mais le même raisonnement s'applique.)

En effet, si tous les gens ont un téléphone mobile, c'est un bon signe, n'est-ce pas ? Pas de chance, parce que c'est un des cas où je ne suis pas forcément d'accord. En quoi est-ce un signe du bon état de la France ? Pourquoi est-ce mieux ainsi ?

Dire cela, c'est porter un jugement. C'est dire qu'une société qui a plus de ceci, plus de cela, plus de tout, est meilleure. Mais c'est faux. Cela ne prend absolument pas en compte la spécificité de la société. Cela signifie qu'on souhaite que toutes les sociétés doivent être calquées sur le même modèle, sans tenir compte du passé de chacune, de l'environnement de chacune. Sans tenir compte des différences fondamentales. Cela signifie aussi qu'au sein d'une société, il y a des gens qui vont dans le bon sens et des gens qui vont dans le mauvais sens. Je n'ai pas de téléphone mobile, donc je suis un poids pour la France, je ralentis son progrès. A cause de gens comme moi, elle n'a pas un bon taux de pénétration. Mais n'ai-je pas le droit de ne pas en vouloir un ? Où est ma liberté ?

Il y aurait eu le même article avec accès à Internet au lieu de téléphonie mobile, j'aurais été totalement d'accord, je n'aurais pas réagi : moi aussi, je suis atteint de cette maladie du toujours plus, du plus = mieux. Ne devrait-on pas réagir ?

by Vincent